15

Léon Cartwright marchait vers le sphincter.

— Vous feriez mieux de disparaître un moment, dit-il à Benteley. Je vais parler à Verrick.

Shaeffer donna de brèves instructions. Un groupe de TP accourut, accompagné par quelques fonctionnaires.

— Cela ne servira à rien, dit-il à Cartwright. Autant qu’il reste : il ne peut pas quitter la station et Verrick sait qu’il est là. Mieux vaut essayer de mettre les choses au point une fois pour toutes.

— Verrick a-t-il le droit d’entrer ici ? demanda Benteley avec un geste d’impuissance.

— Bien entendu, répondit Cartwright. C’est une station publique, et il n’est pas un assassin, mais un citoyen ordinaire.

— Cela vous ennuie de rester ? demanda Shaeffer à Benteley. Ce sera peut-être… un peu difficile.

— Je reste.

Verrick et le petit groupe qui était arrivé en même temps que lui franchirent lentement le large sphincter. Ils ôtèrent leurs combinaisons et regardèrent avec méfiance autour d’eux.

— Salut, Verrick, dit Cartwright. (Les deux hommes se serrèrent la main.) Entrez donc prendre une tasse de café. Nous avons juste fini de dîner.

— Merci, dit Verrick. Ce sera avec plaisir. (Il paraissait hagard, mais calme. Il suivit Cartwright dans la salle à manger.) Vous savez que Pellig est parti, n’est-ce pas ?

— Oui, dit Cartwright. Il se dirige vers l’astronef de John Preston.

Les autres vinrent les rejoindre et tous s’assirent à la table que les MacMillan avaient déjà débarrassée. Ils se hâtèrent de redonner des tasses et des soucoupes. Benteley se mit à côté de Rita O’Neill, le plus loin possible de Verrick, qui l’avait vu mais ne semblait pas se préoccuper de lui. Shaeffer, les autres TP et les fonctionnaires s’assirent à l’écart et suivirent la conversation sans intervenir.

— Je suppose qu’il le trouvera, dit Verrick. À notre départ de Farben, il était déjà à trente-neuf unités astronomiques. Merci. (Il accepta une tasse de café noir et trempa avidement ses lèvres dans le liquide brûlant.) Il s’est passé bien des choses, aujourd’hui.

— Que fera Moore selon vous, s’il parvient à s’emparer des découvertes de Preston ? demanda Cartwright.

— C’est difficile à dire. Moore était un solitaire… je lui fournissais l’équipement et il travaillait sur ses projets. C’est un garçon extrêmement brillant.

— C’est l’impression qu’il m’a donnée. Est-il le seul auteur du projet Pellig ?

— C’était son idée. Je l’ai engagé. Je connaissais sa valeur ; je n’ai pas essayé de lui expliquer ce qu’il fallait faire.

Eleanor Stevens était entrée sans bruit dans la salle à manger. Nerveuse et indécise, elle demeura un instant immobile, les mains jointes, puis s’assit dans un coin reculé, les yeux grand ouverts, muette et terrifiée, à demi perdue dans la pénombre.

— Je me demandais où vous étiez, lui dit Verrick. Vous m’avez devancée de… (Il consulta sa montre.) Seulement quelques minutes.

— Moore reviendra-t-il chez vous s’il obtient ce qu’il désire ? lui demanda Cartwright.

— J’en doute. Il n’aurait pas de raison valable.

— Son serment ?

— Il n’a jamais accordé grande importance à ce genre de choses. (Les yeux sombres de Verrick balayèrent la salle sans se fixer.) Cela semble être à la mode chez nos brillants jeunes gens. Je suppose que les serments n’ont plus l’importance qu’ils avaient jadis.

Benteley garda le silence. Son arme était froide et humide de sueur dans sa main. Son café refroidissait sans qu’il y touchât. Rita O’Neill fumait convulsivement et allumait une cigarette après l’autre.

— Allez-vous demander la réunion d’une seconde Convention du Défi ? demanda Cartwright à Verrick.

— Je l’ignore. Pas pour le moment, en tout cas. (Verrick entrelaça ses doigts en une massive pyramide, la contempla avec intérêt, puis la défit. Il parcourait la salle d’un regard absent.) C’est la première fois que je viens ici. La station appartient au Directoire ?

— Nous prévoyons toujours quelque chose, répondit Shaeffer. Vous vous souviendrez sans doute de la station spatiale que nous avions prévue pour vous près de Mars. Celle-ci a été construite sous le règne de Robinson.

— Robinson… oui, je me souviens. Il y a déjà dix ans de cela. Que c’est long…

— Pourquoi êtes-vous venu ici ? éclata Rita O’Neill.

Verrick fronça avec méfiance ses sourcils broussailleux. Il jeta un regard interrogateur à Cartwright, qui lui expliqua :

— C’est ma nièce.

Il les présenta – Rita resta muette, les yeux baissés sur sa tasse de café, les lèvres serrées, les poings fermés. Verrick parut oublier sa présence et refit pensivement une pyramide de ses doigts.

— Oui… finit-il par dire. J’ignore ce que Benteley vous a appris, mais je suppose que vous connaissez ma situation maintenant ?

— Ce que Benteley ne m’a pas dit, Shaeffer l’a capté, répondit Cartwright.

Verrick marmonna quelque chose puis questionna :

— Il est donc inutile que je vous donne des explications ?

— Inutile, confirma Cartwright.

— Je n’ai pas l’intention de discuter de Herb Moore. En ce qui me concerne, c’est du passé. (Il fouilla dans sa poche et finit par en extraire un énorme super-éclateur qu’il posa en équilibre contre son verre à eau.) Je ne peux quand même pas tuer Benteley pendant que nous sommes à table. J’attendrai donc. (Une idée lui vint.) En fait, je ne suis pas obligé de le tuer ici. Il peut me raccompagner et je le tuerai quelque part en route.

Shaeffer et Cartwright échangèrent un regard. Verrick n’y prit pas garde. Il regardait fixement son éclateur et ses énormes pattes.

— Ces détails ont peu d’importance, dit Cartwright. Mais il serait bon de mettre les choses au point. Benteley est actuellement lié à moi par serment. Il a prêté serment de situation au Meneur de Jeu.

— C’est impossible, dit Verrick. Il a rompu le serment qui le liait à moi. Cela lui ôte la liberté de prêter un autre serment.

— Je ne considère pas qu’il ait rompu le serment le liant à vous, dit Cartwright.

— Vous l’avez trahi, expliqua Shaeffer.

Verrick réfléchit longuement :

— Je n’ai connaissance d’aucune trahison. J’ai accompli tous les devoirs et obligations qui m’incombaient.

— C’est totalement inexact, le contredit Shaeffer.

Verrick rempocha son éclateur avec un grognement, après l’avoir examiné avec intérêt.

— Il faudra prendre conseil, dit-il. Essayons de faire venir le juge Waring.

— Cela me paraît satisfaisant, acquiesça Cartwright. Désirez-vous rester ici en attendant son arrivée ?

— Merci, dit Verrick. Je suis terriblement fatigué. (Il regarda autour de lui.) Ceci me paraît l’endroit idéal pour me reposer.

 

Le juge Félix Waring était un vieux gnome bougon, vêtu d’un complet noir mangé aux mites et d’un chapeau à l’ancienne mode. Il était le plus célèbre juriste du système et portait une longue barbe blanche.

— Je sais qui vous êtes, grommela-t-il en gratifiant Cartwright d’un regard. Et vous aussi, ajouta-t-il en faisant un petit signe de tête à Verrick. Vous et votre million de dollars-or. Votre Pellig a craqué, hein ? ricana-t-il. Il ne m’inspirait pas confiance : pas assez de muscle.

À la station, c’était le « matin ». Le vaisseau qui avait amené le juge ne cessait de dégorger des informatrices MacMillan, des bureaucrates du Directoire et des employés des Collines. Les techniciens ipvics étaient arrivés dans leur propre astronef et tendaient partout des câbles de transmissions. Vers midi, la station était devenue une ruche bourdonnante.

— Ça vous va ? demandait un haut fonctionnaire du Directoire à un technicien ipvic.

— Pas assez grand. Qu’est-ce que c’est ça, là-bas ?

— La salle de jeux.

— Ce sera parfait. L’acoustique sera peut-être défectueuse, mais ce n’est pas grave.

— Oh, si ! Nous ne voulons pas d’écho. Choisissez un endroit plus petit.

— Ne crevez pas le ballon, dit un soldat à une équipe de travailleurs qui tendaient des câbles.

— Pas de danger, c’est solide. Cela a été construit en tenant compte des touristes et des ivrognes.

La grande salle de jeux s’était emplie d’hommes et de femmes en costumes de vacances bariolés. Ils couraient et jouaient au milieu des techniciens installant leurs tables et leurs machines. Les MacMillan étaient partout, maladroits comme toujours.

Seul dans un coin, Benteley regardait sombrement le va-et-vient animé des joueurs : le croquet était à la mode, de même que la balle molle et le football. Les jeux intellectuels étaient interdits : c’était une station de repos psychique et tous les jeux y avaient une valeur thérapeutique. À quelques pas de Benteley, une jeune fille aux cheveux violets formait, avec de petits mouvements de la main, de complexes combinaisons de couleurs et de textures sur un échiquier tridimensionnel polychrome.

— C’est agréable, ici, lui dit Rita à l’oreille.

Il fit un signe d’assentiment.

— Il nous reste encore un peu de temps avant qu’ils commencent, dit-elle, en jetant méditativement un disque bariolé au milieu d’un troupeau d’oies-robots. (Comme il se devait, une oie tomba raide morte. Le tableau lumineux marqua les points.) Vous voulez jouer à quelque chose ? Prendre un peu d’exercice ? Je meurs d’envie d’essayer quelques-uns de ces jeux.

Rita en tête, ils se frayèrent un chemin jusqu’à la salle de gymnastique. Des soldats du Directoire avaient tombé l’uniforme et se mesuraient à des champs magnétiques, rayons dynamiques, marches à haute gravité artificielle, et autres machines destinées à exercer les muscles. Au centre de la salle, un groupe regardait avec intérêt un soldat lutter contre un robot MacMillan.

— Excellent pour la santé, dit Benteley d’une voix sinistre.

— J’adore cet endroit. Vous ne trouvez pas que Léon a pris du poids ? Il a bien meilleure mine depuis que Pellig a disparu.

— Il vivra sans doute vieux, dit Benteley.

— Pourquoi dites-vous cela ? Vous ne pouvez donc être loyal envers personne ? Vous ne pensez qu’à vous.

Benteley s’éloigna. Un moment plus tard, Rita le rejoignit.

— Le juge Waring va-t-il prendre sa décision pendant que tous ces enthousiastes font du chahut ? (Ils étaient arrivés devant un long et haut filet sur lequel des corps étendus se doraient au soleil.) Tout le monde s’amuse. Même les MacMillan sont de bonne humeur. La menace a disparu. L’assassin est parti.

Rita se déshabilla joyeusement et tendit ses vêtements à un surveillant mécanique, puis elle se jeta dans un des filets palpitants. Des contrechamps à basse gravité détendirent son corps ; elle tournoya vertigineusement dans les profondeurs du filet, puis en ressortit, rouge et hors d’haleine, cherchant à se raccrocher à un objet stable.

Benteley l’aida à se tenir debout.

— J’avais oublié la faible gravité. (Riante et enthousiaste, elle se dégagea et se jeta au plus profond du filet.) Venez ! Je n’aurais pas cru que ça pouvait être aussi amusant.

— Je me contenterai de regarder, dit Benteley sans se dérider.

Le corps souple et agile de Rita disparut. Le filet vibrait et bondissait. Elle finit par émerger à la surface, langoureusement étendue sous le soleil artificiel qui faisait briller son corps trempé de sueur. Fermant les yeux, elle bâilla voluptueusement.

— Que c’est bon, le repos, murmura-t-elle.

— C’est l’endroit idéal pour se reposer, dit Benteley, paraphrasant Verrick. Si l’on n’a pas d’autres soucis.

Rita ne lui répondit pas. Elle s’était endormie.

Benteley resta figé sur place, les mains dans les poches, au sein de ce tourbillon de couleurs, de mouvements et de jeux. Dans un coin, Cartwright discutait avec un homme au torse puissant et au visage sombre : Harry Tate, président de l’Ipvic, félicitait le Meneur de Jeu de l’heureuse issue de sa confrontation avec le premier assassin. Benteley les regarda jusqu’à leur départ. Puis il détourna les yeux… et se trouva face à face avec Eleanor Stevens.

— Qui est cette fille ? demanda Eleanor d’une voix dure et claire.

— La nièce de Cartwright.

— Vous la connaissez depuis longtemps ?

— Je viens juste de la rencontrer.

— Elle est jolie, mais plus âgée que moi, n’est-ce pas ? (Le visage d’Eleanor était froid comme du métal. Elle lui adressa un sourire figé.) Elle doit avoir au moins trente ans.

— Pas tout à fait, dit Benteley.

Eleanor haussa les épaules :

— Qu’importe, d’ailleurs. (Soudain, elle s’éloigna de lui. Il finit par la suivre.) Vous voulez boire quelque chose ? lui demanda-t-elle sans se retourner. Il fait si chaud ici, et ces cris me donnent la migraine.

— Non, merci, dit-il tandis qu’elle prenait un cocktail sur un plateau mural. Je tiens à rester sobre.

Eleanor s’avança de quelques pas, tournant et retournant son verre entre ses doigts :

— Ils vont commencer. Et c’est cet idiot de vieux bouc qui va décider.

— Je sais, dit Benteley sur un ton neutre.

— Il n’est au courant de rien. Verrick le fera marcher comme il l’a fait à la Convention. A-t-on des nouvelles de Moore ?

— L’Ipvic a monté ses écrans à la demande de Cartwright. Verrick a laissé faire, comme si cela ne le concernait pas.

— Que montrent-ils ?

— Je ne suis pas allé voir. (Benteley s’immobilisa. Par une porte à demi ouverte, il venait de voir une table, des chaises, des appareils enregistreurs.) Est-ce que c’est…

— C’est la salle qu’ils ont installée. (Soudain elle s’écria d’une voix épouvantée :) Ted, je t’en supplie, emmène-moi d’ici !

Reese Verrick venait de passer la porte.

— Il sait, dit Eleanor d’une voix glaciale. J’étais venue pour te prévenir. Il le sait, Ted.

— Terrible, dit Benteley vaguement.

— Cela t’est égal ?

— Désolé, mais je ne peux rien faire à Reese Verrick. S’il y avait quelque chose à faire, je suppose que je le ferais, mais ce n’est pas certain.

— Tu peux le tuer ! (Sa voix était devenue hystérique.) Tu es armé. Tue-le avant qu’il nous tue tous les deux !

— Non, je ne tuerai pas Reese Verrick. C’est exclu. Je vais attendre le déroulement des événements. C’est fini, ces choses-là.

— Et moi aussi… c’est fini ?

— Tu connaissais l’existence de la Bombe.

Eleanor frissonna de tout son corps :

— Que pouvais-je faire ? (Folle d’appréhension, elle le suivit dans la foule bruyante et rieuse.) Ted, je ne pouvais rien y faire… N’est-ce pas, Ted ?

— Tu le savais lorsque nous avons passé la nuit ensemble et que tu m’as conseillé de travailler avec vous.

— Oui ! (Dans un mouvement de défi, elle se mit en travers de son chemin.) Oui, je le savais. Mais tout ce que je t’ai dit cette nuit-là était vrai. Tout, Ted.

— Seigneur ! murmura Benteley en détournant les yeux avec dégoût.

— Écoute-moi. (Elle lui prit le bras, implorante.) Reese aussi savait. Tout le monde savait. On ne pouvait rien y faire – il fallait bien quelqu’un dans le corps à ce moment-là, n’est-ce pas ? (Il se dégagea brutalement, et elle le suivit en chancelant.) Réponds-moi ! hurla-t-elle.

Benteley eut un mouvement de recul lorsqu’un vieil homme, grommelant des choses dans sa barbe blanche, passa devant lui. Il disparut dans la salle et posa bruyamment sur la table l’énorme livre qu’il portait toujours sous le bras. Il se moucha longuement, regarda les lieux d’un œil critique et prit place à la tête de la table. Reese Verrick, qui se tenait devant une fenêtre, l’air morose, échangea quelques mots avec lui. Un moment plus tard, Cartwright arriva à son tour.

Lentement et comme à regret, le cœur de Benteley se remit à battre. La session allait s’ouvrir.

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